Nakhon Phanom, le Mékong devient fleuve de feu

Dans le nord-est de la Thaïlande, la fin de la retraite bouddhique donne lieu à un spectacle saisissant : de grandes embarcations illuminées glissent sur le Mékong, dessinant dans la nuit des temples et des créatures légendaires. À Nakhon Phanom, la procession de Lai Reua Fai révèle toute la ferveur et la créativité de l’Isan.
Sur les berges, les regards convergent vers le fleuve. Une première silhouette lumineuse apparaît, puis une autre. Des milliers de petites flammes composent des motifs dont les reflets tremblent à la surface de l’eau. Au son des tambours, les embarcations défilent lentement devant la foule. Le Mékong devient, pour quelques heures, le théâtre d’une fête où la beauté du geste compte autant que celle du spectacle.
Cette procession, connue sous le nom de Lai Reua Fai, constitue l’un des grands rendez-vous culturels de Nakhon Phanom. Chaque année, elle accompagne Wan Ok Phansa, qui marque la fin des trois mois de retraite monastique de la saison des pluies.

Des lumières porteuses de sens

Derrière l’éclat de la fête se trouve une tradition transmise au fil des générations par les communautés des rives du Mékong, notamment thaï-lao et phu thaï. Autrefois, de modestes radeaux en matériaux végétaux, confectionnés à partir de bananiers et de bambou, accueillaient bougies, encens et offrandes.
Ces lumières rendaient hommage au Bouddha et, selon les croyances locales, aux nagas, les serpents mythiques associés à la protection des eaux. Le rituel exprimait aussi une demande de pardon envers les esprits du fleuve. Avec le courant s’éloignaient symboliquement les malheurs, tandis que se formaient les vœux d’un nouveau départ.
Au fil du temps, les petites embarcations ont cédé la place à d’ambitieuses créations collectives. Pendant plusieurs semaines, les communautés préparent des structures de bambou et composent leurs décors lumineux. Nagas, sanctuaires et scènes de la tradition bouddhique prennent forme grâce à un travail minutieux, nourri de savoir-faire et d’imagination.
Le soir venu, chaque création révèle enfin son dessin dans l’obscurité. L’émulation entre les participants ajoute à la fête, mais l’essentiel reste ce moment partagé : toute une communauté réunie au bord de l’eau autour d’un héritage vivant.

Une escale au rythme du fleuve

Nakhon Phanom mérite aussi quelques journées de découverte, avant ou après les festivités. La promenade riveraine invite aux balades à pied ou à vélo, face aux reliefs du Laos qui se dessinent sur l’autre rive. Les bateaux de pêche ponctuent le paysage, tandis que le monument du naga doré offre une halte emblématique au bord du Mékong.

Dans le district de That Phanom, Wat Phra That Phanom occupe une place majeure dans la vie spirituelle de la région. Son stupa blanc et or abriterait, selon la tradition, une relique du Bouddha. Des fidèles venus des deux côtés du fleuve s’y recueillent, témoignant des liens religieux qui unissent ces territoires.
À Ban Na Chok, la maison associée au séjour de Hô Chi Minh ouvre une autre page de l’histoire locale. Elle rappelle la présence de la communauté vietnamienne, dont l’héritage se retrouve également dans les assiettes.

L’I-San à table

La découverte se poursuit sur les marchés et auprès des étals du soir. La cuisine fait la part belle aux saveurs franches, acidité du citron vert, chaleur du piment, fraîcheur des herbes et parfums des grillades.
Le som tam, salade de papaye verte, accompagne volontiers le kai yang, le poulet grillé, et l’incontournable riz gluant. Les poissons grillés et le tom saep, un bouillon relevé et acidulé, complètent cette table généreuse.
L’influence vietnamienne apporte d’autres nuances, avec les rouleaux frais et le nem nuang, une préparation de porc grillé accompagnée d’herbes et de crudités. Au fil des repas se dévoile une cuisine façonnée par les échanges entre les communautés du Mékong.

2 rives, mille horizons

Face à la province laotienne de Khammouan, Nakhon Phanom constitue également une étape pour les voyageurs qui souhaitent prolonger leur parcours au Laos. Le troisième pont de l’Amitié thaï-lao relie les deux pays et permet de poursuivre vers Thakhek et les paysages karstiques de ses environs.
Mais les soirées de Lai Reua Fai donnent surtout envie de rester sur la rive thaïlandaise. Dans le sillage des embarcations, les reflets s’étirent, les silhouettes s’éloignent et la foule les accompagne du regard. De Nakhon Phanom demeure alors cette image : un fleuve immense, une nuit lumineuse et une tradition qui rassemble.

Adaptation de l’article « River of Fire » — TAT Newsroom

À propos de l’auteur :

Khun Chattan KUNJARA NA AYUDHYA (Chat) met à profit ses 40 ans d’expérience dans la promotion du tourisme thaïlandais pour révéler aussi bien les incontournables que les trésors cachés du pays.

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